• à propos de "Délicatesse et gravité"

     

    à propos de "Délicatesse et gravité"

     

    Les deux mots qui font titre définissent plutôt bien ce recueil publié chez Rougerie et que l’auteure a sous-titré « Ballades ». Il y a dans ces pages une délicatesse et une vraie légèreté. De ton, d’écriture proche souvent de la ritournelle, de style avec une sorte d’allégresse primesautière liée aux répétitions musicales, aux citations, à un rythme saccadé, enlevé. Mais aussi aux évocations de lieux aimés, d’amis (on voit ainsi passer des poètes et des éditeurs, et même la super R4 des Rougerie père et fils !), avec pour leitmotiv ces « deux incontrôlables » : l’amour, la poésie. Et cela sans jamais s’appesantir, sans pathos.

    Pourtant, la douleur de vivre est sous-jacente et la gravité s’insinue à bas bruit entre les vers fragmentés de poèmes qui sont aussi voyage, balade entre les images, les poiriers contre un mur de Frontignan, des dames en foulards dans une rue d’Italie ou le papé de Naples qui passe un chien sur les talons… « Une bordure de mots autour du cœur », voilà peut-être le poème selon Nicole Drano, ses guirlandes, ses miroitements, ses échappées et fulgurances. Difficile de ne pas songer à la clown-poète de La Strada et à la déchirante tendresse du Fellini d’Amarcord, comme à son approche du monde et de la mémoire, quand Nicole Drano s’avance « une aile de poème accrochée au dos » : « Écrire notre pauvreté. / La gravité de la poésie. / Les délicatesses de la vie. » Oui, et souvent à partir d’ « un simple objet. Alchimie miraculeuse » (ballade de la théière sur la table de Spigno) pour finalement interroger « l’énigme de la présence », la vraie source de l'émotion.

    Michel Baglin

    (revue Texture → )