• à propos de "Dernier fagot"

     

    AAT Jean-Vincent Verdonnet 2009 coll privée.JPGJean-Vincent Verdonnet a fait paraître, en mars dernier, un nouveau recueil de poésie appelé Dernier Fagot, et l'incertitude face à la mort et à ce qu'il restera de sa vie intime au-delà du seuil y est marquante. Les images sont arrachées aux profondeurs de l'âme, où elles paraissent avoir acquis une substance immortelle. Parfois, en fouillant ainsi l'obscurité que chacun a en soi au-dessous de la conscience, apparaissent des visages comme sortis d'un rêve et paraissant se fondre dans un impénétrable mystère:

    La pénombre devient ton lot
    et quand à sa porte tu frappes
    te répond alors la voix d'un ailleurs
    où vont se noyer les visages
    dont la ronde t'accompagna
    de seuil en seuil dans la lenteur
    d'une cloche hélant le silence

    L'ailleurs demeure indistinct: tout semble s'y dissoudre. Le tocsin sonne une heure pénible, au cœur du poète. L'interrogation domine. Le doute est d'autant moins surmonté que, me semble-t-il, il est cultivé, comme étant le garant d'une intelligence dont le poète ne veut pas se départir.

    On sait qu'en religion, le doute est un visage du mal : il est un spectre de la pensée, le démon par lequel la philosophie cesse de soutenir l'esprit. En poésie, j'aime assez les images fortes, qui tendent certainement à donner des débuts de réponse en donnant une forme au pressentiment. Fernando Pessoa a œuvré dans ce sens, je crois; Georges Haldas aussi. Les poètes français sont globalement restés évasifs. Verdonnet demeure néanmoins disciple de Jean-Jacques Rousseau : il concède à la nature une part de vie magique - ou de force sacrée :

    Un soupir a gagné la plaine
    et les herbages odorants
    ils pressentent cette rosée
    que le soir leur apportera
    comme à l'âme une absolution
    dont la montagne a le secret

    GEORGE-FREDERIC-WATTS-DWELLER-IN-THE-INNERMOST.jpgEn chacun, de fait, est une quête d'essence qui conserve une part d'éternité :

    Épaisse à couper au couteau
    la brume verrouille l'espace
    où mélancolique a monté
    l'appel d'un oiseau de passage
    Et tu sais que n'aura de cesse
    cette quête que mène en toi
    le veilleur blanc dont la présence
    n'a jamais rien dû au hasard

    Une lueur qui en l'être humain est un ange est allumée par un oiseau de passage. Le poète crée ici une figure qui tend au symbole et touche à la vie mystique. A travers l'éternité et ses cycles, une flamme personnelle se tient entre les mains d'un Clair Veilleur! Mais Jean-Vincent Verdonnet n'ira pas plus loin: cela pourait vider le mystère de sa force, notamment, peut-être, en extériorisant trop un ange qui aurait les traits figés de l'iconographie chrétienne, et ne renverrait plus en profondeur à soi, au sentiment personnel. Toute mythologie vivante doit se poser comme nouvelle, eût dit André Breton: l'être providentiel dont parle Verdonnet est sans doute un de ces Grands Transparents dont Breton était lui-même en quête !

     

    Rémi Mogenet

    Le blog genevois de Rémi Mogenet