• à propos de "Je compte les écorces des mots"

     

    D’un voyage en Europe centrale, effectué en 2011, Sylvie Saliceti a rapporté ce livre de mémoire et de témoignage, « Je compte les écorces de mes mots » (Rougerie, 2013), une suite de poèmes qu’elle pourrait avoir écrits à même les écorces des bouleaux de Birkenau : c’est aux victimes de la Shoah que ces pages sont dédiées.

    Dans la forêt de Lissinitchi, il semble que les traces du génocide soient à présent perceptibles à même le paysage dont le calme verdoyant ne parvient pas à dissimuler la présence sourde et massive des morts à qui sait et vient là pour se recueillir en faisant face à un terrible silence.

    C’est précisément ce silence que le poème écoute. C’est à lui qu’il voudrait prêter voix, tout en sachant bien qu’il ne peut en rien être égalé. Mais le travail de l’écriture consiste à donner à entendre l’attention et l’effort qui se rapportent à cet indicible. Ainsi les poèmes de Sylvie Saliceti relient-ils à des témoignages consultés dans des archives ou directement recueillis les silences et les voix de la nature même : herbes, arbres et cris d’oiseaux. Le texte se souvient, prête l’oreille et interroge : « Existeront-ils jamais les mots justes, les mots pour la lumière des morts ».

    Jean-Michel Maulpoix, le 12 avril 2013, sur son site Jean-Michel Maulpoix & Cie →