• à propos de "Nocturne pour V.S."

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    Plusieurs siècles les séparent mais le poète semble souvent sur le point de toucher l’épaule de Li. Il voit son vêtement de soie, son corps fragile. Il s’adresse à elle parce qu’il la sait à proximité.

    Où allons-nous construire notre demeure ?
    Le chemin s’allonge.

    À force de marcher dans ses pas, Françoise Perche délaisse les je et les tu qui cèdent  leur place au nous.

    Nous lisons l’ombre et la lumière.

    Mais la présence de Li demeure évanescente. Elle n’est qu’un souffle ou un regard. Quand son corps apparaît, il est diaphane et cela rappelle à celui qui la regarde qu’elle est bien absente.

    La parole, la sienne, s’écrit d’un seul élan. Le vent
    l’emporte.

    Pas étonnant que le dernier poème s’achève sur ces mots : la vie des morts. Les poèmes de François Perche célèbre la présence d’une absente, l’écho d’une voix vouée au silence. Cela donne l’impression d’une errance dans un monde parallèle, plus fragile, plus instable que le monde réel. Le lecteur est embarqué dans un entre-deux : entre la terre ferme et le ciel, entre chien et loup.

    Le deuxième ensemble, Nocturne pour V.S, est comme un miroir tendu au premier. Il met lui aussi en scène un auteur, Victor Segalen. Les deux hommes ont en commun leur passion pour la Chine, où Victor Segalen a vécu, au tout début du XXème siècle (et où il a écrit Stèles, un recueil de poèmes réédité aussi par La Différence – dans la collection Orphée, toujours – en 1989). Victor Segalen est un marcheur, un découvreur, un poète errant.

    Coureur de terre. Tu te venges de ta
    chair et de tes os douloureux. Tu
    possèdes en toi le vent des grandes
    caravanes. […]

    Quand François Perche finit par rejoindre le marcheur, ils poursuivent leur route ensemble. Marchent de nuit sans doute, car ils se méfient terriblement de l’immobilité.

    […] Chassons l’immobilité,
    glorifions la mer en tempête, ces rugissements
    ivres et fous, réfugions-nous dans l’excessif,
    le brutal, l’inhumain,
    sans oser regagner le port.

    Cette marche n’a pas de but – ou alors un but qui ne se laisse jamais atteindre – mais elle les transforme et nous sommes témoins de cette métamorphose intérieure, qui rend possible la naissance des poèmes.

    Ce recueil donne terriblement envie de se remettre en route – si on n’a plus erré depuis trop longtemps -, de rejoindre des sentiers qu’on n’a pas encore arpentés, de s’en remettre au vent.

    Sur le site de la SGDL, où François Perche se présente, on apprend que la Chine n’a pas été la seule destination du poète, qui a vécu d’autres expériences au Mexique et au Burkina-Faso notamment :

    « […] j’ai vécu un temps dans un village indien des Hautes Terres du Chiapas, au Mexique, où j’ai écrit Pierres indigènes, poèmes parus aux éditions Rougerie. Lors d’un autre séjour, je suis allé à la découverte de poètes indiens écrivant dans leur langue. J’ai traduit des textes de six de ces poètes, parus sous le titre Laissez parler notre cœur aux éditions de Champtin, avec des illustrations de peintres indigènes. Du Burkina-Faso j’ai ramené le souvenir de rencontres très fortes, et un recueil de poèmes Saisons noires et rouges paru chez Rougerie. »

     

    Pascale Trück

    sur le site Recours au poème