• Préface de "Derniers poèmes"

    Derniers poèmes n'est pas le titre choisi par Paul Pugnaud mais il dit parfaitement ce qu'il en est. Ce sont les derniers poèmes qu'il a écrits et, en tous cas, ce seront les der­niers publiés. Il y a là quelque chose de définitif et de forcément boulever­sant. Datés de 1986 et 1987, ils s'inscrivent dans la trame d'une vie intense et ils forment une trace singulière. Cette vie a traversé le XXeme siècle en sachant y voir ce qui s'y maintient de tout temps et en faisant face à un mystère qui ne s'est toujours pas dissipé. Il en ressort une force sin­gulière, et en bon marin il confère à ses poèmes un aspect minéral qui nous offre la neige comme l'écume des cimes. C'est donc un homme de soixante-quinze ans qui ne cesse de composer avec « le déferlement de la vie ». Il écrit et publie des poèmes de­puis plus de cinquante ans, il ne fait pas que ça dans la vie, mais la poésie demeure un penchant salvateur. Vent, mur, fenêtre, arbre, pierre, quelques orages, beaucoup de feu, de flamme et d'incendie, ce vieux socle du vocabulaire poétique où glissent avec discré­tion les ombres métaphysiques qui lui donnent son centre de gravité, horizon, ré­ponse, destin, désir. Ici ce sont les roches qui agissent « au-delà d'elles-mêmes » et les êtres qui sont invités à aller « au-delà ». Qu'on le veuille ou non, au-delà est un des grands mots du recueil, une de ces buttes témoins qui balisent le passage. On va de chemin en paysage, pour y entendre au bout du compte « l'aventure/ Qui partage la nuit ». Enfin, on est frappé par l'insistance de cet appel, de ce vers quoi nous sommes ap­pelés. Et l'odyssée s'achève sur le dernier dernier poème, splendide dans l'évidence et la simplicité de son mouvement.

    Michel Chambaz